Sylvain TESSON (né en 1972) (192 citations).



Article mis à jour : le 15/06/2019

Conseils de lectures des livres de Sylvain Tesson :
Sur les chemins noirs ; Géographie de l'instant ; Dans les forêts de Sibérie.


"Aujourd'hui, on n'enchaîne plus les fous, on ne les traite plus comme des êtres nocifs et on soigne les fracassés de l'existence avec une délicatesse que je ne soupçonnais pas." (In Une très légère oscillation : journal 2014 - 2017. Paris : Ed. des Equateurs, 05/2017, p. 46).

"La meilleure littérature de voyage, c'est celle de la déception ! C'est le Poisson-scorpion, le plus beau livre de Nicolas Bouvier, quand il déprime dans sa "guest house" du Sri Lanka, ce sont les passages où Cendras fait l'expérience de l'ennui profond à bord de son bateau qui l'emmène au Brésil dans les Feuilles de route, et même Chatwin qui va promener son désespoir dans les paysages de Patagonie. Ces gens-là ne sont pas aller chercher du neuf, mais ils ont simplement chercher à mettre un peu de distance entre leur douleur et eux-mêmes."(Sylvain Tesson In Lire n°427, 07-08/2014, p. 59, extrait d'un entretien avec Sylvain Venayre).

"Les gens qui bâtissent leur vie sur la valeur de la sécurité sont dans l'erreur, ils mourront comme les autres. Mieux vaut, comme vous le dites, chérir la liberté." (Sylvain Tesson In Philo magazine, n° 91, 07-08/2015, p. 33, Rencontre avec Reinhold Messner ; propos recueillis par Alexandre Lacroix).

"Etre grec reviendrait à comprendre que la lumière est un lieu." (In Philo magazine, n°111, 07-08/2017, p. 50).

"Les Ondines -sitôt levées récoltent pour se désaltérer quelques gouttes de rosée sur les élytres d'une réduve ou d'un carabe. Cette toilette du matin nous mettait en vigueur pour les heures à venir. L'hiver, c'est blotties contre le ventre des chevreuils, eux-mêmes pelotonnés dans les nids de lianes qu'ils confectionnent aux pieds des chênes, que nous luttions contre la froidure de la nuit, jusqu'à ce qu'un soleil blanc, péniblement levé ramène sur le fleuve un peu d'agitation..." (In Chronique des bords du Rhin. La Verger Editeur, 2004, Nouvelle Journal d'une fée du Rhin, p. 11, Collection Sentinelles).

"Ma jeunesse dura deux cents ans qui passèrent comme la foudre. Un jour, au Conseil du Petit Peuple, on me signifia que le temps de la maturité était venu et que j'avais à assumer à présent la tâche d'une Ondine accomplie. Les prochains siècles s'annonçaient pour moi sous les augures du devoir." (In Chronique des bords du Rhin. La Verger Editeur, 2004, Nouvelle Journal d'une fée du Rhin, p. 12, Collection Sentinelles).

"Car le brouillard ne se contente pas de masquer le monde. Il en éteint la musique." (In Chronique des bords du Rhin. La Verger Editeur, 2004, Nouvelle Où est-elle ?, p. 27, Collection Sentinelles).

"J'ai toujours souffert des tiraillements exercés par mes penchants contraires." (In Une très légère oscillation : journal 2014 - 2017. Paris : Ed. des Equateurs, 05/2017, p. 11).

"La société du spectacle a fait de nous des cameramen permanents. Quelle étrange chose, cette avidité de clichés chez des gens qui se pensent originaux." (Sylvain Tesson In Une très légère oscillation : journal 2014 - 2017. Paris : Ed. des Equateurs, 05/2017, p. 14).

"Le ciel est une flanelle mitée de trouées solaires. La mer est en peau de taupe. Des blocs de granit rose encadrent la forêt d'arbousiers. Le genre de paysage que n'aiment pas les peintres : le travail est déjà fait." (Sylvain Tesson In Une très légère oscillation : journal 2014 - 2017. Paris : Ed. des Equateurs, 05/2017, p. 14).

"N'étant pas farouchement capitaliste, l'utilité n'est jamais la première chose qui me vient à l'esprit quand je considère les hommes." (In Une très légère oscillation : journal 2014 - 2017. Paris : Ed. des Equateurs, 05/2017, p. 16).

"Etant donné l'état d'abrutissement dans lequel la fréquentation de la télévision plonge l'humain, il est heureux que l'invention du petit-écran soit advenu après des conquêtes telles que l'aiguille à coudre ou l'imprimerie dont les découvertes n'auraient pas été possibles si la télé leur avait pré-existé !" (Sylvain Tesson In Une très légère oscillation : journal 2014 - 2017. Paris : Ed. des Equateurs, 05/2017, p. 24).


"Si les bêtes et les fleurs sont si nobles, c'est par la grâce de leur mutisme suppliant." (Sylvain tesson In Une très légère oscillation : journal 2014 - 2017. Paris : Ed. des Equateurs, 05/2017, p. 27).

"Savoir qu'on est en vie, que cela ne durera pas, parce que tout passe et tout s'écoule" (Sylvain Tesson In Une très légère oscillation : journal 2014 - 2017. Paris : Ed. des Equateurs, 05/2017, p. 30).


"C'est la chose la plus difficile au monde : reconnaître le bien-être dans ses expressions les plus humbles, le nommer, le saisir, le chérir." (In Une très légère oscillation : journal 2014 - 2017. Paris : Ed. des Equateurs, 05/2017, p. 30).


"La seule leçon que nous donnent les morts, c'est de nous hâter de vivre. De vivre plus, de vivre avidement. De s'échiner à un surplus de vie. De tout rafler. De bénir tout instant." (In Une très légère oscillation : journal 2014 - 2017. Paris : Ed. des Equateurs, 05/2017, p. 39).

"S'il est vrai que nous sommes composés à 80 % d'eau, alors nos larmes sont nos vrais enfants." (Sylvain Tesson In Une très légère oscillation : journal 2014 - 2017. Paris : Ed. des Equateurs, 05/2017, p. 40).


"Dans les tableaux de Boudin, les gens à la plage se tenaient debout ou assis. Aujourd'hui, tout le monde se couche. Le siècle est peut-être plus fatigant." (In Une très légère oscillation : journal 2014 - 2017. Paris : Ed. des Equateurs, 05/2017, p. 41).

"Longtemps, j'ai batifolé sur les toits. Je grimpais sur les bâtiments, je me prenais pour un alpiniste des villes." (Sylvain Tesson In Une très légère oscillation : journal 2014 - 2017. Paris : Ed. des Equateurs, 05/2017, p. 45).

""Tout passe" comme écrivit Vassili Grossman, longtemps après Héraclite. Emily Dickinson n'avait pas entendu le conseil. Trempant sa plume dans la plaie de son âme, elle suppliait qu'on la laisse cultiver son chagrin, qu'on ne lui retire pas sa douleur." (Sylvain Tesson In Une très légère oscillation : journal 2014 - 2017. Paris : Ed. des Equateurs, 05/2017, p. 49).

"En ce jour de l'an, la Provence est mauve, glacée. Un soleil russe rase les vignes. Un jour, elles nous rendront en vin ce qu'elles raflent en lumière." (Sylvain Tesson In Une très légère oscillation : journal 2014 - 2017. Paris : Ed. des Equateurs, 05/2017, p. 59).

"Apollinaire disait que la Seine était le seul cours d'eau à couler entre deux rangées de livres." (In Une très légère oscillation : journal 2014 - 2017. Paris : Ed. des Equateurs, 05/2017, p. 65).


"Un fleuve bordé de saules pleureurs est-il une rivière de larmes ?" (In Une très légère oscillation : journal 2014 - 2017. Paris : Ed. des Equateurs, 05/2017, p. 66).

"Je suis un chasseur-cueilleur de bibliothèque." (In Une très légère oscillation : journal 2014 - 2017. Paris : Ed. des Equateurs, 05/2017, p. 76).

"Il faut boire avec modération, fumer en se cachant, penser sans écarts, parler sans déraper. Pourquoi a-t-on encore le droit de manger épicé ?" (Sylvain Tesson In Une très légère oscillation : journal 2014 - 2017. Paris : Ed. des Equateurs, 05/2017, p. 77).

"Est-ce qu'un verre est si lourd qu'il faille se mettre à deux pour le prendre ?" (In Une très légère oscillation : journal 2014 - 2017. Paris : Ed. des Equateurs, 05/2017, p. 77).


"Les enfants attendent une vérité. Les enfants ne pratiquent pas l'ironie, ne comprennent pas le sarcasme, goûtent modérément l'analogie. Les enfants ne vivent pas au second degré." (In Une très légère oscillation : journal 2014 - 2017. Paris : Ed. des Equateurs, 05/2017, p. 79).

"Il faut toujours demander à une situation la permission de la retourner." (In Une très légère oscillation : journal 2014 - 2017. Paris : Ed. des Equateurs, 05/2017, p. 105).


"Je n'ai jamais pu aller au bout de moi-même, par peur du vide." (In Une très légère oscillation : journal 2014 - 2017. Paris : Ed. des Equateurs, 05/2017, p. 134).

"Quand on demandait à Churchill d'amputer le budget de la culture pour l'effort militaire, il répondait : "Pour quoi se battre, alors ?" (In Une très légère oscillation : journal 2014 - 2017. Paris : Ed. des Equateurs, 05/2017, p. 141).

"Le réel est la maladie du rêve." (In Une très légère oscillation : journal 2014 - 2017. Paris : Ed. des Equateurs, 05/2017, p. 180).

""Tutoyer les nuages"est une expression idiote. Ils sont si beaux et si puissants qu'on éprouve pour eux le respect et l'envie de les vouvoyer." (In Une très légère oscillation : journal 2014 - 2017. Paris : Ed. des Equateurs, 05/2017, p. 209).

"Un jour, on trouvera que les tweets étaient incroyablement longs, qu'ils avaient quelque chose de proustien." (In Une très légère oscillation : journal 2014 - 2017. Paris : Ed. des Equateurs, 05/2017, p. 210).

"Je ne suis pas un auteur de l'imagination. J'ai beaucoup d'admiration pour les écrivains que je rencontre et qui m'expliquent que leurs personnages leur ont échappé." (Extrait de la Conférence donnée à Nantes le 19.11.2016 à la Faculté de Médecine au sein de l'Amphi Kerneis à 14h).

"Oh, je le soupçonnais, Pessoa l'intranquille, de n'avoir jamais été fidèle à son projet. Comment croire qu'il ait réussi à se contenter du monde ?" (Sylvain Tesson In Sur les chemins noirs. Paris : Gallimard, 09/2016, p. 21).

"Pendant ces semaines de marche, j'allais tenter de déposer sur les choses le cristal du regard sans la gaze de l'analyse, ni le filtre des souvenirs." (In Sur les chemins noirs. Paris : Gallimard, 09/2016, p. 21).

"Ce que nous autres, pauvres cloches romantiques, tenions pour une clef du paradis sur Terre -l'ensauvagement, la préservation, l'isolement- était considéré dans ces pages comme des catégories du sous-développement." (In Sur les chemins noirs. Paris : Gallimard, 09/2016, p. 28).

"Non seulement le loup n'attaquait pas l'homme mais il tenait à l'éviter." (In Sur les chemins noirs. Paris : Gallimard, 09/2016, p. 29).

"En Provence, les sentes ont l'air de serpents en fuite." (In Sur les chemins noirs. Paris : Gallimard, 09/2016, p. 31).

"Les ivrognes russes trinquent en affirmant que "demain sera pire qu'aujoud'hui". Longtemps, je m'étais rangé à cette idée. Depuis ma chute, je me pénétrais du contraire : tout s'améliorerait." (In Sur les chemins noirs. Paris : Gallimard, 09/2016, pp. 31-32).


"Ayant reconquis l'usage de mes jambes, je ne pouvais pas désespérer." (In Sur les chemins noirs. Paris : Gallimard, 09/2016, pp. 32-33).

"Certains hommes espéraient entrer dans l'Histoire. Nous étions quelques-uns à préférer disparaître dans la géographie." (In Sur les chemins noirs. Paris : Gallimard, 09/2016, p. 34).

"Les nouvelles technologies envahissent les champs de mon existence, bien que je m'en défendisse. Il ne fallait pas se leurrer, elles n'étaient pas de simples innovations destinées à simplifier la vie. Elles en étaient le substitut." (Sylvain Tesson In Sur les chemins noirs. Paris : Gallimard, 09/2016, p. 41).

"Je passai une dernière nuit sur le plateau et descendis vers Moustiers par un ravin, entre deux éminences. Dans la descente, ce panneau sous les poiriers prouvait combien l'administration maternait les citoyens : La praticabilité de cet itinéraire n'est pas garantie. On devrait annoncer cela à tous les nouveaux-nés au matin de leur vie !" (In Sur les chemins noirs. Paris : Gallimard, 09/2016, p. 42).

"La politique d'Etat était l'art d'exprimer ses intentions. L'Economique du domaine agricole, celui d'incarner des idées dans un espace réduit. C'était la leçon de Xénophon." (In Sur les chemins noirs. Paris : Gallimard, 09/2016, p. 68).

"Il était criminel de croire que les choses duraient. Les matinées de printemps étaient des feux de paille." (In Sur les chemins noirs. Paris : Gallimard, 09/2016, p. 87).

"Le passé m'oblige, le présent me guérit, je me fous de l'avenir." (In Sur les chemins noirs. Paris : Gallimard, 09/2016, p. 118).

"Il fallait que les hommes fussent drôles pour s'imaginer qu'un paysage eût besoin qu'on l'aménageât. D'autres parlaient d'augmenter la réalité. Un jour peut-être s'occuperaient-ils d'éclairer le soleil ?" (In Sur les chemins noirs. Paris : Gallimard, 09/2016, p. 120).


"Moi, je trouvais désinvolte d'avoir couru le monde en négligeant le trésor des proximités." (In Sur les chemins noirs. Paris : Gallimard, 09/2016, p. 136).


"Les normands appelaient "hautes falaises" ces talus qui auraient fait rigoler les savoyards." (In Sur les chemins noirs. Paris : Gallimard, 09/2016, p. 139).

"C'était un voyage né d'une chute." (In Sur les chemins noirs. Paris : Gallimard, 09/2016, p. 140).

Conseil de lecture Sur les chemins noirs sur : http://conseilsdelectures.blogspot.fr/2016/11/sur-les-chemins-noirs-sylvain-tesson.html

"J'avais la certitude que la marche allait me permettre non seulement de reconquérir des forces musculaires, ça c'est ce qu'on appelle la rééducation, mais également les forces intérieures." (Extrait de l'émission La Grande Librairie, diffusée le 13/10/2016 sur France 5 et présentée par François Busnel).

"A chacune de mes arrivées dans un village, dans un hameau, je demande à rencontrer de vieilles gens. Tous m'intéressent, victimes, acteurs, spectateurs, témoins des années rouges. Et il se trouve que, bien que le devoir de mémoire n'existe pas en ces parages, on se confie à moi [...]. Que l'on y songe ! Les gens que j'interroge voient venir à eux un jeune Français, débouchant à pied de l'orée du bois, baragouinant un peu le russe et disposé à les entendre sur des sujets que l'on ne remue jamais. Mes carnets en papier de riz népalais se couvrent des témoignages que je recueille". (In Sous l'étoile de la liberté : six mille kilomètres à travers l'Eurasie sauvage ; photographies de Thomas Goisque. Paris : Arthaud, 2005, p. 25).

"Sur les bords de la mer Baïkal, je vis des jours heureux et solitaires (heureux parce que solitaires ?)." (In Sous l'étoile de la liberté : six mille kilomètres à travers l'Eurasie sauvage ; photographies de Thomas Goisque. Paris : Arthaud, 2005, p. 38).

"Jusqu'alors, j'avais cru Paul Valéry, lorsqu'il disait qu'"un homme seul était en mauvaise compagnie." Avant de partir seul, je pensais que la solitude serait mon pire ennemi. Je ne la connaissais pas, et c'est en vérité une compagne merveilleuse. On devrait l'appeler Félicité. Elle est le plus beau cadeau que l'on puisse offrir à son âme. Elle maintient l'équilibre entre soi-même et le monde extérieur, elle renoue le lien entre l'être et le cosmos." (In Sous l'étoile de la liberté : six mille kilomètres à travers l'Eurasie sauvage ; photographies de Thomas Goisque. Paris : Arthaud, 2005, p. 90).

"Mon voyage n'est en rien comparable à l'épopée des évadés du goulag, mais, grâce à la solitude et l'action au long cours, je me trouve en communauté spirituelle avec eux. La souffrance que provoque mon genou défaillant a le mérite de mettre à l'épreuve ma volonté. Et de m'apercevoir que mes motivations sont moins fortes que celles des évadés, lesquels n'avaient pas d'autre choix que d'aller de l'avant". (In Sous l'étoile de la liberté : six mille kilomètres à travers l'Eurasie sauvage ; photographies de Thomas Goisque. Paris : Arthaud, 2005, p. 106).

"Quelle différence y a-t-il entre les Zeks du siècle rouge et les milliers de moines et citoyens, lettrés, paysans, femmes, soldats et enfants qui fuient le haut royaume à travers les cols de l'Himalaya ? Aucune ! Les uns et les autres voguent vers la même étoile : celle de la liberté à laquelle Dostoïevski savait que "certains hommes sont prêts à tout sacrifier"." (In Sous l'étoile de la liberté : six mille kilomètres à travers l'Eurasie sauvage ; photographies de Thomas Goisque. Paris : Arthaud, 2005, p. 117).

"L'homme n'est jamais content de son sort, il aspire à autre chose, cultive l'esprit de contradiction, se propulse hors de l'instant. L'insatisfaction est le moteur de ses actes." (In Berezina. Paris : Gallimard, 02/2016, Folio : 6105, p. 19).

"Napoléon n'aurait jamais dû s'approcher de la splendeur de Moscou. Il s'y brûla les yeux. Il y a comme cela des beautés interdites. En stratégie comme en amour : se précautionner de ce qui brille." (In Berezina. Paris : Gallimard, 02/2016, Folio : 6105, p. 41).

"Les livres seraient nos guides sur la route. Ils nous diraient par où passer et où sonner la halte. Le soir, en les ouvrant, un autre voyage commencerait, non plus sur le goudron des nationales slaves, mais dans le souvenir des survivants de 1812 qui avaient pris la plume pour conjurer le cauchemar." (In Berezina. Paris : Gallimard, 02/2016, Folio : 6105, p. 54).

"Le froid est un fauve. Il se saisit d'un membre, le mord, ne le lâche plus et son venin peu à peu envahit l'être." (Sylvain Tesson In Berezina. Paris : Gallimard, 02/2016, Folio : 6105, p. 89).

"J'en étais persuadé : le mouvement encourage la méditation. La preuve : les voyageurs ont toujours davantage d'idées au retour qu'au départ." (In Berezina. Paris : Gallimard, 02/2016, Folio : 6105, p. 185).

"Seules les pensées qui vous viennent en marchant ont de la valeur, martelait Nietzsche au crépuscule." (In Berezina. Paris : Gallimard, 02/2016, Folio : 6105, p. 185).

"Les forêts étaient mauves, le paysage en soie. L'humidité lissait les collines. Dans une trouée de bois, on apercevait un clocher, veillant tristement sur un village trempé." (In Berezina. Paris : Gallimard, 02/2016, Folio : 6105, p. 192).

"Les voyages historiques prennent saveur lorsque les choses se répètent à l'identique, aux mêmes endroits, à plusieurs siècles de distance." (In Berezina. Paris : Gallimard, 02/2016, Folio : 6105, p. 199).

"En voyage, l'arrivée me procurait toujours un soulagement doublé de mélancolie : l'aventure était finie, le rêve était mort, il s'était mû en souvenir." (In Berezina. Paris : Gallimard, 02/2016, Folio : 6105, p. 199).

"Nous ne croyions plus à un destin commun. Les hommes politiques balbutiaient des choses dans leur novlangue à propos du "vivre ensemble", mais personne n'y croyait, personne ne lisait plus Renan et nul ne prenait la peine de proposer l'idée d'un roman collectif." (In Berezina. Paris : Gallimard, 02/2016, Folio : 6105, p. 202).

"Les hommes sont prêts à tout pour peu qu'on les exalte et que le conteur ait du talent." (In Berezina. Paris : Gallimard, 02/2016, Folio : 6105, p. 203).

"Il ne s'agissait plus de conquérir l'Orient en chargeant à cheval. En guise d'horizon, on nous dessinait des machines à café automatiques et des écrans plats. L'objectif n'était pas la gloire, mais le droit à un pavillon recevant la 5G." (In Berezina. Paris : Gallimard, 02/2016, Folio : 6105, p. 204).

"Le danger ne se trouve jamais où on l'attend. Nous allons le chercher au bout du monde, mais il nous tombe dessus au coin de la rue." (In Philosophie Magazine, n°91, 07-08/2015, p. 33. Rencontre avec Reinhold Messner, propos recueillis par Alexandre Lacroix).

"Vous verrez, nous connaîtrons l'époque où il faudra marcher dans la rue avec un casque sur la tête. On protégera nos crânes. Mais contiendront-ils encore des idées et des élans ? Cela est une autre question." (Sylvain Tesson In Philosophie Magazine, n°91, 07-08/2015, p. 33. Rencontre avec Reinhold Messner, propos recueillis par Alexandre Lacroix).

"Et si les feuilles mortes n'étaient qu'endormies." (Sylvain Tesson In Aphorismes dans les herbes : et autres propos de la nuit. Pocket, 2014, p. 12).

"Le deuil : une peine de mort que rien n'abolit." (Sylvain Tesson In Aphorismes dans les herbes : et autres propos de la nuit. Pocket, 2014, p. 76).

"Ecrivez le mot "cheval", rayez-le, vous avez un zèbre." (In Aphorismes dans les herbes : et autres propos de la nuit. Pocket, 2014, p. 129).

"Des milliers d'années de civilisation pour en arriver à laisser des messages à des machines vocales." (In Aphorismes dans les herbes : et autres propos de la nuit. Pocket, 2014, p. 149).

"Je doute tellement de moi que je ne fais confiance à aucun miroir." (Sylvain Tesson In Aphorismes dans les herbes : et autres propos de la nuit. Pocket, 2014, p. 154).

"Dans Trois jours chez ma mère de Weyergans, cette merveilleuse définition des gares : "un endroit où l'on veut se débarasser de vous au plus vite en vous indiquant soit les heures de départ, soit la sortie." (In Géographie de l'instant, Pocket, 2014, p. 13).

"Dans mon panthéon intérieur, les êtres que j'admire ont un point commun : l'amour de la vie, mais de la vie choisie. L'existence doit ressembler à leur rêve." (In Géographie de l'instant, Pocket, 2014, p. 25).

"J'aime les mots d'auteur. Ils sont comme les arbres au bord d'une route. Ils se tiennent là, plantés, sur le côté de notre chemin intérieur." (In Géographie de l'instant, Pocket, 2014, p. 31).

"J'entends souvent des gens me dire qu'une phrase lue ou retenue au cours d'une conversation les a aidés à traverser une phase difficile. Les mots deviennent des béquilles, les phrases des bandages et on finit par ouvrir des livres comme on entrerait au sanatorium." (In Géographie de l'instant, Pocket, 2014, p. 41).

"L'homme moderne a besoin d'aventure. Il rêve de partir. Il célèbre les vastes monts et les mers lointaines. Mais il désire une montagne sans risque, une mer sans vagues [...]. Pour peu il s'insurgerait que le risque tue ou que la vie finisse toujours aussi mal." (In Géographie de l'instant, Pocket, 2014, p. 58).

"Cette publicité dans un journal : "Allumez X (une marque de téléviseurs), et mettez en veille le monde autour de vous !". Je préfère éteindre la télé et allumer le monde autour de moi." (In Géographie de l'instant, Pocket, 2014, p. 61).

"On me reproche de trop citer d'auteurs. Mais les citations ne sont pas des paravents derrière lesquels se réfugier. Elles sont la formulation d'une pensée qu'on a caressée un jour et que l'on reconnaît, exprimée avec bonheur, sous la plume d'un autre. Les citations révèlent l'âme de celui qui les brandit ." (In Géographie de l'instant, Pocket, 2014, p. 61).


"Quel est le secret de la longévité ? Qu'est-ce qui maintient les êtres en état d'appétit vital ? Pourquoi le temps glisse-t-il sur la peau de certains ? Les hommes naissent peut-être égaux, mais ne vieillissent pas tels !" (In Géographie de l'instant, Pocket, 2014, p. 63).

"Je comprendrais que le savant déplore de n'être pas assez poète. J'entends mal que le poète se réjouisse de n'être pas savant." (Sylvain Tesson In Géographie de l'instant, Pocket, 2014, p. 102).


"Je ne crois pas que la connaissance assèche le regard poétique, ni que le savoir entrave les élans de l'âme." (In Géographie de l'instant, Pocket, 2014, p. 102).

"Je n'ai pas le penchant manifestant. Marcher au pas cadencé dans un cortège en réduisant les élans de l'âme et les opinions de l'esprit à quelques slogans ne me plaît pas." (In Géographie de l'instant, Pocket, 2014, p. 111).

"Il n'y a vraiment rien à faire : dans ce monde, vous avez beau élever des autels, aménager des reposoirs pour l'âme et construire des temples où pratiquer la vertu, les brutes l'emportent toujours." (In Géographie de l'instant, Pocket, 2014, p. 117).

"Il faut accorder à chaque seconde une concentration totale comme si c'était la dernière et se consacrer tout entier à elle afin de ne négliger aucun geste vital. Marc Aurèle est le maître de la prosoché, cette vigilance permanente, cette attention portée à soi-même, à ce que l'on est, à ce que l'on fait." (In Géographie de l'instant, Pocket, 2014, p. 121).

"Y a-t-il activité plus décroissante que la marche ? Le marcheur revient à sa nature profonde (la bipédie), s'emplit de la beauté du monde, ne laisse que l'empreinte de ses pas, apprend que ce qu'il ressent vaut mieux que ce qu'il possède." (In Géographie de l'instant, Pocket, 2014, p. 122).

"Quatrième Avenue : un obèse mange une glace. On a envie de se précipiter à son secours pour la lui arracher des mains. Après tout, c'est ce qu'on ferait s'il s'était collé un flingue sur la tempe." (In Géographie de l'instant, Pocket, 2014, p. 125).

"On répugne à se l'avouer parce qu'on s'acharne toujours à trouver à ses actes de nobles justifications mais voyager revient à prendre ses jambes à son cou pour échapper à la prison des habitudes." (In Géographie de l'instant, Pocket, 2014, p. 129).

"Cendras à qui l'on demandait pourquoi il voyageait répondait "parce que". Le monde serait triste s'il y avait raison à toutes choses !" (In Géographie de l'instant, Pocket, 2014, p. 131).

"Dans L'Art de la guerre, Sun Tzu nous persuade que tout ce qui nous advient -en bien ou en mal- n'est qu'une poussière, dans la roue de la destinée." (In Géographie de l'instant, Pocket, 2014, p. 151).

"Etre français, c'est vivre dans un paradis peuplé de gens qui se croient en enfer." (In Géographie de l'instant, Pocket, 2014, p. 163).

"Comment reprocher à nos concitoyens de n'avoir pas mis leur bulletin dans l'urne alors qu'il y a tant d'autres choses à mettre : ses chaussures de marche, [...] un billet d'amour dans la boîte aux lettres de celle que l'on aime, le nez au vent, les voiles, les bouts, de la musique. C'est à dire comme Nietzsche l'écrivait : "mettre entre soi et l'époque l'épaisseur de trois siècles." (In Géographie de l'instant, Pocket, 2014, p. 175).

"Ne pas confondre naturiste et naturaliste : le naturiste n'a rien à cacher, le naturaliste a tout à découvrir. L'un incarne l'ennui et l'autre la joie." (In Géographie de l'instant, Pocket, 2014, p. 182).

"L'amour selon Makine n'est pas ce sentiment qu'un sujet destine à un objet mais un état intérieur dont quelques êtres irradient. Toute personne, toute chose qui croise à travers les rayons de cette incandescence se trouvent illuminées." (In Géographie de l'instant, Pocket, 2014, p. 202).

"D'Antoine Blondin, cette légère correction apportée aux assertions darwiniennes : L'homme descend du songe." (In Géographie de l'instant, Pocket, 2014, p. 217).

"On est dans ses pensées ou bien plongé dans un bon livre [...]. Bref, on est content d'être dans le train. Et puis, soudain, une sonnerie déchire le silence du wagon et un type qui ne s'est pas rendu compte de la présence d'autres habitants sur la planète se lance dans une énumération des pièces de bagnole qu'il vient de changer." (In Géographie de l'instant, Pocket, 2014, p. 220).

"Socrate à l'instant de mourir rêvait d'apprendre à jouer de la lyre. Il y a des êtres comme cela, insolents, désinvoltes, étrangers aux circonstances." (In Géographie de l'instant, Pocket, 2014, p. 221).

"L'homme ne se refait jamais. Qu'est-ce que l'espoir ? Le mot que l'on donne à l'illusion avant que la réalité n'abatte les masques." (In Géographie de l'instant, Pocket, 2014, p. 231).

"Vu dans le train cette publicité : Etre joignable, quoi qu'il se passe." Cet impératif d'être partout joignable ne devrait-il pas s'adresser uniquement aux détenus en liberté conditionnelle, ces condamnés qui portent des bracelets électroniques et dont l'Autorité doit pouvoir trouver trace à tout instant ?" (In Géographie de l'instant, Pocket, 2014, p. 234).

"Finalement, sur cette terre, la liberté ne vaut pas tout. Car il faut être à sa hauteur. Et posséder la volonté de l'exercer, une fois qu'on l'a obtenue." (In Géographie de l'instant, Pocket, 2014, p. 301).

"Pourquoi les gens qui font des herbiers mettent les feuilles qu'ils ramassent dans les livres qui contiennent déjà tant de feuilles ?" (In Géographie de l'instant, Pocket, 2014, p. 302).

""La pensée collective est stupide parce qu'elle est collective : rien ne peut franchir les barrières du collectif sans y laisser, comme une dîme inévitable, la plus grande part de ce qu'elle comportait d'intelligent." Toujours se répéter cette phrase du Livre de l'intranquillité de Fernando Pessoa quand on assiste à une manifestation de rue, un mouvement de foule, qu'on découvre un sondage, une pétition ou une page Facebook." (In Géographie de l'instant, Pocket, 2014, p. 317).

"Les bêtes, rangées par ordres, par familles, par espèces, se tiennent sagement disposées depuis qu'Aristode, Buffon et Linné ont éprouvé ce besoin de mettre une pancarte au cou de chaque être vivant." (In Géographie de l'instant, Pocket, 2014, p. 373).

"Nos sociétés matérialistes cultivent un paradoxe. Acquérir des objets est considéré comme une activité suprême, sacrée, impérative. Nous sommes requis d'acheter et nous trouvons assujettis à l'objet, alors même que les objets sont parfaitement remplaçables, détronables par de nouveaux objets." (In Géographie de l'instant, Pocket, 2014, p. 381).

"Tout lecteur est coupable de préférer le commerce de ses petites stèles de papier au contact avec ses semblables." (In Géographie de l'instant, Pocket, 2014, p. 400).

"A cause de la paralysie de la partie droite de mon visage, j'ai la (sale) gueule d'un personnage de Calvino. J'ai toujours voulu vivre perché et me voilà pourfendu. Il faudrait que la partie gauche de mon visage (vieillie) surveille un peu la partie droite (lissée) et fronce le sourcil quand celle-ci rêve encore aux 400 coups." (In Le Point, 16/01/2015, Propos recueillis par Christophe Ono-dit-Biot).

"Quinze sortes de ketchup. A cause de choses pareilles, j'ai eu envie de quitter ce monde." (In Dans les forêts de Sibérie, p. 21).


"La ruée des peuples vers le laid fut le principal phénomène de la mondialisation." (In Dans les forêts de Sibérie, p. 30).

"Si on me demande pourquoi je suis venu m'enfermer ici, je répondrai que j'avais de la lecture en retard." (In Dans les forêts de Sibérie, p. 32).

"Quand on se méfie de la pauvreté de sa vie intérieure, il faut emporter de bons livres : on pourra toujours remplir son propre vide." (In Dans les forêts de Sibérie, p. 32).

"Le froid, le silence et la solitude sont des états qui se négocieront demain plus chers que l'or. Sur une Terre surpeuplée, surchauffée, bruyante, une cabane forestière est l'eldorado." (In Dans les forêts de Sibérie, p. 41).

"Il faudrait ériger le conseil de Baden-Powell en principe : "lorsqu'on quitte un lieu de bivouac, prendre soin de laisser deux choses. Premièrement : rien. Deuxièmement : ses remerciements"." (In Dans les forêts de Sibérie, p. 42).

"Un jour, on est las de parler de "décroissance" et d'amour de la nature. L'envie nous prend d'aligner nos actes et nos idées." (In Dans les forêts de Sibérie, p. 43).


"Moi qui sautais au cou de chaque seconde pour lui faire rendre gorge et en extraire le suc, j'apprends la contemplation." (Sylvain Tesson In Dans les forêts de Sibérie, p. 43).


"Privé d'ordinateur, je n'ai que la pensée. Le souvenir est une impulsion électrique comme une autre." (In Dans les forêts de Sibérie, p. 46).

"Un simple coup d’œil à l'horizon me convainc de la force de mon choix : cette cabane, cette vie-là. Je ne sais pas si la beauté sauvera le monde. Elle sauve ma soirée." (In Dans les forêts de Sibérie, p. 50).

"Dieu, jamais rassasié de la prière des hommes, est un sacré passe-temps. Moi ? J'ai l'écriture." (In Dans les forêts de Sibérie, p. 51).

"A Paris, je ne m'étais jamais trop penché sur mes états intérieurs. Je ne trouvais pas la vie faite pour tenir les relevés sismographiques de l'âme. Ici, dans le silence aveugle, j'ai le temps de percevoir les nuances de ma tectonique propre." (In Dans les forêts de Sibérie, p. 53).

"Le passionnant spectacle de ce qui se passe par la fenêtre. Comment peut-on encore conserver une télé chez soi ?" (In Dans les forêts de Sibérie, p. 53).

"J'ai avalé presque tout Jack London, Grey Owl, Aldo Leopold, Fenimore Cooper et une quantité de récits de l'école du Nature Writing américain. Je n'ai jamais ressenti à la lecture d'une seule de ces pages le dixième de l'émotion que j'éprouve devant ces rivages. Je continuerai pourtant à lire, à écrire." (Sylvain Tesson In Dans les forêts de Sibérie, p. 55).

"Le temps a sur la peau le pouvoir de l'eau sur la terre. Il creuse en s'écoulant." (In Dans les forêts de Sibérie, p. 57).

"Je préfère les natures humaines qui ressemblent aux lacs gelés à celles qui ressemblent aux marais. Les premiers sont durs et froids en surface mais profonds, tourmentés et vivants en dessous. Les seconds sont doux et spongieux d'apparence mais leur fond est inerte et imperméable." (In Dans les forêts de Sibérie, p. 59).

"Ce soir, je finis un polar. Je sors de cette lecture comme d'un dîner chez McDo : écoeuré, légèrement honteux. Le livre est trépidant. Sitôt refermé, on l'oublie. Quatre cents pages pour savoir si MacDouglas a découpé MacFarlane au couteau à beurre ou au pic à glace. Les personnages sont soumis à la toute-puissance des faits. L'abondance des détails masque le vide. Est-ce parce qu'ils ressemblent à des rapports que ces romans sont appelés "policiers" ?" (In Dans les forêts de Sibérie, p. 68).

"Trop de facilité recouvre l'âme de suie." (In Dans les forêts de Sibérie, p. 68).

"Bientôt je connaîtrai chaque sapin aussi précisément que les bistrots de mon quartier parisien. Se sentir familier d'un lieu, c'est le début de la mort." (In Dans les forêts de Sibérie, p. 68).

"Moins on parle et plus on vivra vieux, dit Youri. Je ne sais pourquoi mais je pense soudain à Jean-François Copé. Lui dire qu'il est en danger." (In Dans les forêts de Sibérie, p. 71).

"En ville, les minutes, les heures, les années nous échappent. Elles coulent de la plaie du temps blessé. Dans la cabane, le temps se calme. Il se couche à vos pieds en vieux chien gentil et soudain, on ne sait même plus qu'il est là. Je suis libre parce que mes jours le sont." (In Dans les forêts de Sibérie, p. 72).

"Personne ne demande jamais aux bêtes la permission de traverser leur domaine." (In Dans les forêts de Sibérie, p. 74).

"La caresse du soleil par le carreau de la fenêtre se rapproche en volupté de la caresse d'une main chérie. Quand on s'est reclus dans un bois, il n'y a que le soleil dont on supporte l'intrusion." (In Dans les forêts de Sibérie, p. 76).

"Je traverse des chaos de banquise. La neige a déposé une crème blanche au-dessus des tranches bleues. Je marche dans le gâteau d'un dieu boréal." (In Dans les forêts de Sibérie, p. 82).

"Pendant cinq années, j'ai rêvé à cette vie. Aujourd'hui, je la goûte comme un accomplissement ordinaire. Nos rêves se réalisent mais ne sont que des bulles de savon explosant dans l'inéluctable." (In Dans les forêts de Sibérie, p. 90).

"D'où vient mon amour des aphorismes, des saillies et des formules ? Et d'où vient ma préférence des particularismes aux ensembles, des individus aux groupes ? De mon nom ? Tesson, le fragment de quelque chose qui fut. Il conserve dans sa forme le souvenir de la bouteille." (In Dans les forêts de Sibérie, p. 92).

"Penser à vérifier, à mon retour en France, si une "psychanalyse de la cabane" n'a pas été publiée, parce que ce soir, je me sens aussi bien qu'un fœtus." (In Dans les forêts de Sibérie, p. 96).

"Le danger est de se trouver trop bien, dans sa tanière et d'y végéter en état de semi-hibernation. Ce penchant menace bien des Sibériens qui ne parviennent plus à quitter l'atmosphère de leur cabane. Ils régressent à l'état d'embryon et remplacent le liquide amniotique par la vodka." (In Dans les forêts de Sibérie, p. 96).

"Dans le monde que j'ai quitté, la présence des autres exerce un contrôle sur les actes. Elle maintient dans la discipline." (In Dans les forêts de Sibérie, p. 100).

"A Paris, avant le départ, on me mettait en garde. L'ennui constituerait mon ennemi mortifère ! J'en crèverais ! J'écoutais poliment. Les gens qui parlaient ainsi avaient le sentiment de constituer à eux seuls une distraction formidable. "Réduit à moi seul, je me nourris, il est vrai de ma propre substance, mais elle ne s'épuise pas..." écrit Rousseau dans les Rêveries." (In Dans les forêts de Sibérie, p. 101).

"Il s'est remis à neiger. Il n'y a personne. Même pas un véhicule au loin. La seule chose qui passe ici, c'est le temps." (In Dans les forêts de Sibérie, p. 111).

"Qu'est-ce que la solitude ? Une compagne qui sert à tout. Elle est un baume appliqué sur les blessures. Elle fait caisse de résonance : les impressions sont décuplées quand on est seul à les faire surgir." (In Dans les forêts de Sibérie, p. 114).

"L'ermite absorbe l'univers, accorde une attention extrême à sa plus petite facette. Assis en tailleur sous l'amandier il entend le choc du pétale sur la surface de l'étang." (In Dans les forêts de Sibérie, p. 117).

"L'ermitage resserre les ambitions aux proportions du possible. En rétrécissant la panoplie des actions, on augmente la profondeur de chaque expérience. La lecture, l'écriture, la pêche, l'ascension des versants, le patin, la flânerie dans les bois." (Sylvain Tesson In Dans les forêts de Sibérie, p. 134).

"J'archive les heures qui passent. Tenir un journal féconde l'existence. Le rendez-vous quotidien devant la page blanche du journal contraint à prêter meilleure attention aux événements de la journée -à mieux écouter, à penser plus fort, à regarder plus intensément." (In Dans les forêts de Sibérie, p. 137).

"Un ermite ne menace pas la société des hommes. Tout juste en incarne-t-il la critique." (In Dans les forêts de Sibérie, p. 148).

"L'ermite se tient à l'écart, dans un refus poli. Il ressemble au convive qui, d'un geste doux, refuse le plat. Si la société disparaissait, l'ermite poursuivrait sa vie d'ermite [...]. Il ne dénonce pas un mensonge, il cherche une vérité." (In Dans les forêts de Sibérie, p. 148).

"Je prends trois ombles de vingt centimètres. Ils finissent sur la poêle, fourrés aux airelles avec un filet d'huile. La chair est savoureuse. Fraîche, elle se marie bien avec la vodka. Tout se marie bien avec la vodka. Sauf les baisers d'une fille. Je ne risque rien." (In Dans les forêts de Sibérie, p. 149).

"Je comprends soudain pourquoi les hommes ont fait du chien leur meilleur ami : c'est une pauvre bête dont la soumission n'a pas à être payée en retour. Une créature qui correspondait donc parfaitement à ce que l'homme est capable de donner." (In Dans les forêts de Sibérie, p. 155).

"Entre l'envie et le regret, il y a un point qui s'appelle le présent. Il faudrait s'entraîner à y tenir en équilibre comme ces jongleurs qui font tourner leurs balles, debout sur le goulot d'une bouteille." (In Dans les forêts de Sibérie, p. 162).

"Les ours, en outre, savent que l'homme est un loup pour l'ours et évitent les rencontres." (In Dans les forêts de Sibérie, p. 163).

"Je pratique un exercice qui consiste à se plonger dans des lectures dont la couleur propulse aux exacts antipodes de ma vie présente." (In Dans les forêts de Sibérie, p. 171).

"Un grand désespoir s'abat sur moi. Il faudrait nous enlever un petit bout de néocortex à la naissance. Pour nous ôter le désir de détruire le monde. L'homme est un enfant capricieux qui croit que la Terre est sa chambre, les bêtes ses jouets, les arbres ses hochets." (In Dans les forêts de Sibérie, p. 172).

"Rien ne me manque de ma vie d'avant. Cette évidence me traverse alors que j'étale du miel sur les blinis. Rien. Ni mes biens, ni les miens. Cette idée n'est pas rassurante. Quitte-t-on si facilement les habits ajustés à ses trente-huit ans de sa vie ? On dispose de tout ce qu'il faut lorsque l'on organise sa vie autour de l'idée de ne rien posséder." (In Dans les forêts de Sibérie, p. 176).

"La beauté ne sauvera jamais le monde, tout juste offrira-t-elle de beaux décors pour l'entre-tuerie des hommes." (In Dans les forêts de Sibérie, p. 177).

"Le bonheur devient cette chose simple : attendre quelque chose dont on sait qu'il va advenir. Le temps se fait le merveilleux ordonnateur de ces surgissements. En ville, principe contraire : on exige une efflorescence permanente d'imprévisibles nouveautés." (In Dans les forêts de Sibérie, p. 179).

"Les Russes sont formels : en cas de rencontre, ne pas s'enfuir, ne pas regarder la bête, ne pas faire de mouvements brusques, se retirer sur la pointe des pieds en murmurant des choses rassurantes. Le problème réside dans l'inspiration. Que dire à l'ours ? Je n'ai rien préparé et, reculant doucement, ne trouve que ceci : casse-toi, mon gros lapin ! L'injonction marche." (In Dans les forêts de Sibérie, p. 189).

"Comment peut-on préférer mettre les oiseaux dans la mire d'un fusil plutôt que dans le verre d'une jumelle ?" (In Dans les forêts de Sibérie, p. 193).

"A l'un de ses disciples qui proposait de creuser des canaux d'irrigation dans le potager, Confucius, l'arrosoir à la main, répondit : "Qui sait où cela nous mènerait ?"" (In Dans les forêts de Sibérie, p. 207).

"A la manière de ces ésotéristes guénoniens obsédés par l'identification de "l'âge d'or", nous sommes quelques âmes nomades qui cherchons par tous les moyens à revivre les moments intenses de nos existences." (In Dans les forêts de Sibérie, p. 209).

"Nous sommes toujours en retard de vivre." (In Dans les forêts de Sibérie, p. 224).

"Les livres sont plus secourables que la psychanalyse. Ils disent tout, mieux que la vie." (In Dans les forêts de Sibérie, p. 226).

"Je hais les manifestations. Sauf celles de la beauté." (In Dans les forêts de Sibérie, p. 232).

"Le bonheur est une entrave à la sérénité. Heureux, j'avais peur de ne plus l'être." (In Dans les forêts de Sibérie, p. 232).

"Et si c'était par désespoir que les cascades se précipitaient du haut des montagnes ?" (In Dans les forêts de Sibérie, p. 244).

"Je saisis à présent le caractère agressif d'une conversation. Prétendant s'intéresser à vous, un interlocuteur fracasse le halo du silence, s'immisce sur la rive du temps et vous somme de répondre à ce qu'il vous demande. Tout dialogue est une lutte." (In Dans les forêts de Sibérie, p. 247).

"J'admire ces convaincus qui vous parlent de ces choses avec le même aplomb que s'ils venaient de partager un verre de bière avec Dieu, dans la cabane d'à côté." (In Dans les forêts de Sibérie, p. 262).

 
Critique de "Dans les forêts de Sibérie" sur mon blog de conseils de lecture :
http://conseilsdelectures.blogspot.fr/2014/09/dans-les-forets-de-siberie-sylvain.html


"Quand il se passait quelque chose, il cherchait à se souvenir ce que cela lui rappelait. Elle, ne tentait que de trouver des façons inédites de nommer les hasards de la vie." (In S'abandonner à vivre : nouvelles. Nouvelle Les amants, p. 15).

"Le pôle Sud et le pôle Nord ont un point commun : le pivot du monde les transperce. Chez Rémi et Caroline il n'y avait pas d'axe, seulement l'attraction des antipodes." (In S'abandonner à vivre : nouvelles. Nouvelle Les amants, p. 15).

"Je donnais mon cours de civilisation russe dans la pénombre d'un matin de janvier devant un parterre d'étudiants dont le seul point commun avec moi était de se demander ce qu'ils faisaient là." (In S'abandonner à vivre : nouvelles. Nouvelle Le barrage, p. 22).

"La ville puait la violence, même la poussière était chargée de nervosité." (In S'abandonner à vivre : nouvelles. Nouvelle Le barrage, p. 31).


"Il était généraliste. Le terme s'appliquait aussi à ses idées. Yeux bleus, mèches blondes, chemise à rayures : il soulageait les gens sans se guérir lui-même d'une maladie grave : le conformisme." (In S'abandonner à vivre : nouvelles. Nouvelle La gouttière, p. 37).

"Je refuse de répondre au "drelin" du premier venu. Les gens sont si empressés de briser nos silences... J'aime Degas lancant : "c'est donc cela le téléphone ? On vous sonne et vous accourez comme un domestique." Les sonneries sectionnent les feux du temps, massacrent la pâte de la durée, hachent les journées comme le couteau du cuisinier le concombre." (In S'abandonner à vivre : nouvelles. Nouvelle La gouttière, p. 38).

"Paris est un terrain d'escalade insoupçonné. Pour peu qu'on considère la ville avec un oeil d'alpiniste, la géographie urbaine devient topographie. Les rues se métamorphosent en défilés flanqués de parois et les tours de verre en faces plus lisses que les falaises de Carrare." (In S'abandonner à vivre : nouvelles. Nouvelle La gouttière, p. 39).

"Les étoiles brillaient, se fichaient pas mal de la peine des hommes. Ils n'avaient qu'à mieux se débrouiller pour ne pas faire de leur vie un enfer." (In S'abandonner à vivre : nouvelles. Nouvelle L'exil, p. 53).

"L'intensité de la foi est inversement proportionnelle au degré d'affection reçue. Les enfants qui ont été trop choyés font de mauvais chrétiens. Les autres cherchent la chaleur dans la prière. Le Père est une mère pour les mal-aimés." (In S'abandonner à vivre : nouvelles. Nouvelle L'ermite, p. 147).

"Il m'avait dit une fois que les questions sont des coups de poignard, la marque du sans-gêne. Les gens arrivent, ne vous connaissent pas, vous secouent la main et se mettent à jouer aux flics en vous assommant de questions." (In S'abandonner à vivre : nouvelles. Nouvelle L'ermite, p. 149).

"Une missive est une pièce d'engrenage. Ni le hasard ni un homme ne doit se permettre d'enrayer le mouvement." (In S'abandonner à vivre : nouvelles. Nouvelle La lettre, p. 155).


"L'écriture est un processus mantique qui entraîne une cascade karmique. La correspondance s'inscrit dans le solfège de l'existence. Elle est commandée par des lois supérieures. L'homme ne doit pas modifier la partition." (In S'abandonner à vivre : nouvelles. Nouvelle La lettre, p. 163).


"La poste est un service public qui ne tient pas compte des remords de ses utilisateurs. Quand vous jetez la lettre, vous jetez les dés. Les fentes d'une boîte sont à sens unique et les lettres, comme les mots, voyagent vers leur sort : vous les ensevelissez, elles ne reviennent pas de ce petit tombeau jaune." (In S'abandonner à vivre : nouvelles. Nouvelle La lettre, p. 158).

"Ah, je les revois ces citadins épuisés par leurs vies de hasards et de nécessités et par les geignements de familles accidentelles. Ces pauvres pénitents : ils n'ont jamais honoré la dette contractée avec l'enfant qu'ils furent parce qu'il leur faut rembourser les crédits de l'adulte qu'ils sont devenus. Ils ont enterré leurs rêves sous le béton des projets. Et à présent ? Ils attendent le dimanche pour s'évader deux heures, fouler le bitume, ils s'épuisent pour tenir en respect l'envie de saborder le vaisseau et ils tentent de brûler les graisses autour de leurs abdominaux disparus dans les mangroves de la vie de bureau." (In S'abandonner à vivre : nouvelles. Nouvelle L'insomnie, p. 171).

"Et si, au lieu des félicités paradisiaques, c'était vers les affres d'une insomnie sans fin que nous nous acheminions après avoir crevé ? Un long ennui, étendu comme l'univers. Quelque chose qui ne serait pas la mer de la tranquillité mais l'océan du spleen." (In S'abandonner à vivre : nouvelles. Nouvelle L'insomnie, p. 172).

"Tout ce qui bouleverse la vie advient fortuitement. Le destin ressemble à ces seaux d'eau posés en équilibre sur la tranche des portes. On entre dans la pièce, on est trempé. Ainsi va l'existence." (In S'abandonner à vivre : nouvelles. Nouvelle Le train, p. 201).

"Grâce à la route, je me suis mis en marche, grâce à la marche, je me maintiens en mouvement et, paradoxalement, c'est quand j'avance, devant moi, que tout s'arrête : le temps et l'obscure inquiétude de ne pas le maîtriser." (In Petit traité sur l'immensité du monde, p. 18).

"Mes voyages préférés sont ceux au cours desquels je me présente à la nature à armes égales, sans moteur, sans pouvoir aller plus vite que mon énergie ne l'autorise." (In Petit traité sur l'immensité du monde, p. 20).

"Le voyageur sait bien que si la route aide à s'alléger de tous ses biens, elle ne débarrasse pas de ses maux." (In Petit traité sur l'immensité du monde, p. 40).

"Quelque soit la direction prise, marcher conduit à l'essentiel." (In Petit traité sur l'immensité du monde, p. 61).

"Voyager, ce n'est pas choisir les ordres, c'est faire entrer l'ordre en soi." (In Petit traité sur l'immensité du monde, p. 65).

"J'ai vite compris qu'à trop divaguer sur les cartes on risquait la déception. Car le voyageur, une fois l'esprit encombré de mythes, ne partira pas pour découvrir des royaumes inconnus mais pour vérifier si ceux-ci ressemblent à son rêve." (In Petit traité sur l'immensité du monde, p. 84).

"On s'apercevra vite que la nuit à la belle étoile est néfaste. La voûte céleste rend insomniaque : trop de beauté, trop de grandeur pour songer à dormir." (In Petit traité sur l'immensité du monde, p. 140).

"L'enfer, ce n'est pas les autres, c'est l'obligation de vivre avec eux. Le mieux consiste donc à construire un donjon solitaire avec le ciment de son rêve suffisamment solide pour que le ressac du monde extérieur s'y fracasse : édifice qui ressemble à la thébaïde grecque. Mais la limite de la thébaïde est que celui qui s'y retranche ne se consacre qu'aux exercices de l'esprit et laisse sur le seuil sa force vitale : il se replie dans le château de ses pensées." (In Petit traité sur l'immensité du monde, p. 153).

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